Après le meurtre d’une fillette de 11 ans à Yaoundé, attribué par la justice à une mère ayant invoqué une prétendue influence religieuse, les autorités camerounaises ont annoncé la fermeture prochaine de 1 400 églises de réveil opérant illégalement.
Le Cameroun s’engage dans l’une des plus importantes opérations de régulation du paysage religieux de ces dernières années. Le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a annoncé le 8 juillet la fermeture prochaine de 1 400 églises de réveil exerçant en situation administrative irrégulière à travers le pays. Une décision qui intervient dans un contexte particulièrement sensible, quelques jours après le meurtre d’une fillette de 11 ans à Yaoundé.
Selon les conclusions des médecins légistes, l’enfant a reçu plusieurs coups de couteau. La mère, placée en détention, aurait déclaré avoir agi après avoir été convaincue qu’un sacrifice lui permettrait de sortir de ses difficultés financières. L’enquête judiciaire suit son cours et les autorités se gardent, à ce stade, d’établir une responsabilité collective à l’encontre de la communauté religieuse fréquentée par la suspecte.
Lors d’une rencontre avec les responsables de cette confession religieuse, le ministre a rappelé que le meurtre est condamné aussi bien par la loi camerounaise que par les principes religieux. Mais au-delà de cette affaire criminelle, le gouvernement estime que le drame révèle les dérives auxquelles peut conduire l’existence de lieux de culte échappant au contrôle de l’administration. Les autorités considèrent désormais que la période de tolérance administrative est terminée et annoncent une fermeture systématique des structures ne disposant pas des autorisations requises.
Cette annonce relance un débat ancien au Cameroun. Si la Constitution garantit la liberté de religion et de culte, l’ouverture d’un lieu de prière reste soumise à une procédure d’autorisation administrative. Or, depuis plusieurs années, des centaines, voire des milliers d’églises de réveil se sont implantées sans avoir achevé ces formalités, profitant d’une relative souplesse des autorités. Cette prolifération a favorisé l’émergence de structures très diverses, dont certaines sont régulièrement accusées d’exercer des pratiques contraires à la réglementation ou d’exploiter la vulnérabilité de certains fidèles.
La décision gouvernementale suscite toutefois des réactions contrastées. Une partie de l’opinion estime qu’un contrôle plus strict est devenu indispensable afin de prévenir les abus et protéger les populations contre les dérives sectaires. D’autres observateurs mettent en garde contre le risque d’une confusion entre la répression des activités illégales et une remise en cause de la liberté de culte, principe fondamental dans un État laïc. Ils rappellent également que la responsabilité pénale demeure individuelle et ne saurait être automatiquement étendue à une organisation religieuse en l’absence de décisions judiciaires établissant sa responsabilité.
Une dynamique plus large en Afrique
Le Cameroun n’est pas un cas isolé. Plusieurs États africains ont récemment renforcé leur contrôle sur les mouvements religieux. Au Rwanda, une vaste campagne d’inspection a conduit à la fermeture de plusieurs milliers de lieux de culte ne respectant pas les normes administratives, sanitaires, de sécurité ou d’enregistrement. Les autorités rwandaises affirment que ces mesures visent à protéger les fidèles tout en garantissant le respect de la loi.
Au Ghana également, les autorités et les organisations religieuses travaillent depuis plusieurs années à renforcer l’encadrement des responsables religieux, notamment à travers des projets de normalisation de la formation des pasteurs et de meilleures règles de gouvernance des lieux de culte. Cette tendance traduit une volonté croissante de plusieurs États africains de concilier l’exercice de la liberté religieuse avec les impératifs de sécurité publique, de protection des citoyens et de respect des lois.
Issa Djiguiba

