Élu à la présidence en exercice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) pour un mandat d’un an, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye prend les commandes d’une organisation à face à de nombreux défis. Terrorisme, réforme institutionnelle, autonomie financière, relations avec la Confédération des États du Sahel (AES). Les dossiers qui l’attendent sont déterminants pour l’avenir de l’intégration Ouest-africaine.
Bassirou Diomaye Faye a été élu à la présidence en exercice de la CEDEAO, à l’issue du 69ᵉ sommet des chefs d’État et de gouvernement tenu à Freetown, en Sierra Leone. En succédant au président sierra-léonais Julius Maada Bio, le chef de l’État sénégalais hérite d’une institution qui cherche à retrouver sa cohésion après plusieurs années de crises politiques, de transitions militaires et de profondes recompositions géopolitiques. Son mandat d’un an sera d’abord celui de la recherche d’un nouvel équilibre entre les impératifs de sécurité, les exigences d’intégration régionale et les aspirations des États membres.
La première épreuve de cette mission concerne les relations entre la CEDEAO et la Confédération des États du Sahel. Le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger a profondément modifié les équilibres régionaux et affaibli le projet d’intégration porté depuis près de cinquante ans par l’organisation. Si les positions des deux blocs demeurent éloignées, les réalités du terrain imposent le maintien de passerelles. Les échanges commerciaux, la libre circulation des populations, la lutte contre les groupes armés ou encore les projets d’infrastructures dépassent les frontières institutionnelles. Sans remettre en cause les choix souverains des États de l’AES, plusieurs analystes estiment qu’une coopération pragmatique reste indispensable pour préserver la stabilité régionale. Dans ce contexte, le style de gouvernance de Bassirou Diomaye Faye, fondé sur le dialogue et la concertation, pourrait favoriser une décrispation des relations, même si un rapprochement institutionnel paraît peu probable à court terme.
Cette volonté de renouer le dialogue s’inscrit dans un environnement sécuritaire particulièrement dégradé. Les groupes jihadistes poursuivent leur expansion au Sahel et exercent une pression croissante sur plusieurs pays côtiers d’Afrique de l’Ouest. La coopération régionale demeure donc un enjeu central, malgré les divergences politiques entre certains États. Conscient de cette urgence, la lutte contre le terrorisme se presente comme l’une des priorités du mandat du Bassirou Diomaye Faye. Il devra également conduire les réformes destinées à renforcer l’efficacité de la CEDEAO, notamment en matière de gouvernance et d’autonomie financière. L’organisation ambitionne par ailleurs d’accélérer son intégration économique à travers plusieurs projets structurants, parmi lesquels le développement d’un marché numérique unique, l’interconnexion des marchés de l’énergie et l’intensification du commerce intrarégional.
Pour le Sénégal, cette présidence constitue un levier diplomatique important. Elle intervient alors que Dakar doit également prendre la tête de la Commission de la CEDEAO pour la période 2026-2030 avec la désignation du général Birame Diop. Cette double présence au sommet des institutions communautaires conforte la place du Sénégal parmi les principaux acteurs de la diplomatie ouest-africaine. Elle offre également au président Bassirou Diomaye Faye l’occasion d’imprimer sa vision des relations régionales et de renforcer l’image d’un pays attaché au dialogue, à la médiation et au multilatéralisme. Cette visibilité accrue s’accompagne toutefois d’attentes élevées, tant de la part des États membres que des partenaires internationaux.
Bassirou Diomaye Faye dispose de plusieurs atouts pour mener cette mission. Son image de dirigeant réformateur, son discours favorable au dialogue et son positionnement relativement équilibré dans les grands dossiers régionaux peuvent faciliter la recherche de compromis au sein d’une organisation profondément divisée. Encore, son arrivée à la tête de la CEDEAO intervient également dans un contexte où plusieurs États appellent à une adaptation du fonctionnement de l’institution aux nouvelles réalités géopolitiques. Mais les obstacles restent nombreux. La durée limitée de son mandat, les divergences persistantes entre les États membres, la complexité des relations avec l’AES et la persistance de la menace terroriste réduisent sa marge d’action. Plus qu’une présidence de rupture, la mission de Bassirou Diomaye Faye sera sans doute celle de la reconstruction progressive de la confiance entre les acteurs ouest-africains, condition essentielle pour redonner à la CEDEAO un rôle central dans l’intégration et la stabilité de la région.
Issa Djiguiba

