De retour à Dakar pour la première fois depuis son départ du pouvoir, l’ancien président sénégalais est officiellement venu solliciter l’appui de son pays à sa candidature au poste de Secrétaire général des Nations unies. Derrière cette visite éclair se dessine une campagne diplomatique où le soutien de l’État d’origine constitue un atout non négligeable.
Le vendredi 17 juillet 2026, Macky Sall a effectué une visite de quelques heures à Dakar, sa première depuis la passation de pouvoir du 2 avril 2024. Accueilli à l’aéroport Léopold-Sédar-Senghor par des militants de l’Alliance pour la République (APR), l’ancien chef de l’État s’est ensuite rendu au Palais de la République, où il a été reçu par le président Bassirou Diomaye Faye avant de quitter le Sénégal dans la foulée.
Selon le communiqué de la présidence sénégalaise, l’objectif de cette audience était d’informer officiellement le chef de l’État de sa candidature au poste de Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies, dont le processus de sélection a été lancé le 25 novembre 2025 à New York, et, par ricochet, de solliciter le soutien du Sénégal. Macky Sall a présenté les grandes lignes de sa campagne et s’est engagé à tenir régulièrement informé le président Faye de son évolution.
La présidence a présenté cette rencontre comme « un symbole de la continuité de l’État et de la permanence des institutions, par-delà les alternances ». Le communiqué indique que le président Bassirou Diomaye Faye a salué cette démarche républicaine, sans toutefois annoncer un soutien officiel du Sénégal à cette candidature.
Pour Macky Sall, cette étape revêt une importance particulière. Dans les usages diplomatiques, le soutien du pays d’origine constitue un élément essentiel de toute candidature aux plus hautes fonctions internationales. Même si la désignation du futur Secrétaire général des Nations unies relève du Conseil de sécurité puis de l’Assemblée générale, l’appui officiel de l’État dont est issu le candidat renforce sa crédibilité et sa capacité à mobiliser des soutiens auprès des autres capitales. L’absence d’annonce officielle à l’issue de cette rencontre traduit néanmoins la prudence des autorités sénégalaises. Depuis plusieurs mois, la perspective d’une entrevue entre les deux hommes alimentait les spéculations.
Selon plusieurs médias, des chefs d’État africains auraient même entrepris des démarches pour favoriser cette rencontre. Jeune Afrique a notamment évoqué des initiatives attribuées aux présidents Denis Sassou Nguesso, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani et Alassane Ouattara. Le magazine rapporte également qu’un échange entre Emmanuel Macron et Bassirou Diomaye Faye, en marge du sommet Africa Forward organisé à Nairobi en mai dernier, aurait contribué à faciliter ce rapprochement. Ces informations n’ont toutefois fait l’objet d’aucune confirmation officielle.
Au-delà de la dimension diplomatique, cette candidature s’inscrit dans un contexte politique national encore sensible. Pour les autorités sénégalaises, un éventuel soutien officiel à Macky Sall pourrait être interprété comme un geste de continuité institutionnelle et de rassemblement autour d’une candidature nationale. Mais une telle décision demeure politiquement délicate dans un pays où l’alternance de 2024 s’est construite sur une forte contestation du précédent pouvoir.
Le ministre sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Niang, avait d’ailleurs indiqué en juin dernier que le président Bassirou Diomaye Faye « ne poserait aucun acte susceptible d’entraver cette candidature », tout en évitant de confirmer un appui formel. Cette position alimente l’hypothèse d’une neutralité favorable, laissant au chef de l’État une marge d’appréciation sur le calendrier et les modalités d’un éventuel soutien.
La visite de Macky Sall a également suscité des réactions de plusieurs organisations de la société civile. À la veille de son arrivée, le Collectif des Familles des Martyrs, le Collectif des Victimes de Macky Sall et l’Initiative Zéro Impunité ont exprimé leur opposition à cette audience présidentielle. Ces organisations estiment que les procédures judiciaires liées aux violences politiques survenues entre 2021 et 2024 doivent suivre leur cours avant toute forme de normalisation politique. Elles ont annoncé l’organisation d’une marche pour faire entendre leur position. Fidèle à l’objectif affiché de cette visite, Macky Sall n’a effectué aucune autre activité publique. Après son entretien avec le président Faye, il a quitté Dakar moins de trois heures après son arrivée, sans déclaration à la presse ni rencontre politique. Cette discrétion apparaît en cohérence avec la volonté, affichée par son entourage, de maintenir cette visite sur un terrain exclusivement institutionnel et diplomatique.
Cette brève escale marque l’ouverture d’une nouvelle séquence diplomatique dans la candidature de Macky Sall. Si le soutien de Dakar constitue une étape déterminante de sa campagne, la suite de son parcours dépendra également de sa capacité à convaincre les États membres des Nations unies et à réunir les équilibres géopolitiques indispensables à l’élection du prochain Secrétaire général.
Par Bakary Fomba, L’Analyse de la semaine – ADS

