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L’Union africaine – AES : La voie du dialogue ?

L’Union africaine – AES : La voie du dialogue ?

Source image : Diplomatie Burkina Faso

IAM BAMAKO IAM BAMAKO IAM BAMAKO

Après plusieurs années de crispations, de suspensions et de désaccords, l’Union africaine semble amorcer un changement d’approche à l’égard de la Confédération des États du Sahel (AES). La visite du président de la Commission de l’UA, Mahamoud Ali Youssouf, au Mali puis au Burkina Faso traduit une volonté de privilégier le dialogue direct et l’écoute des préoccupations des autorités sahéliennes. Une nouvelle dynamique diplomatique qui ouvre des perspectives de rapprochement, sans pour autant effacer les divergences de fond.

Le dialogue peut-il remplacer la défiance ? C’est la question qui s’impose au lendemain de la visite effectuée au Burkina Faso par le président de la Commission de l’Union africaine (UA), Mahamoud Ali Youssouf. Plus qu’un simple déplacement protocolaire, cette mission de deux jours à Ouagadougou, qui s’inscrit dans une tournée au sein de la Confédération des États du Sahel (AES), marque une inflexion dans la manière dont l’organisation continentale entend désormais aborder ses relations avec les trois pays sahéliens.

Depuis les ruptures intervenues avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et la création de l’AES par le Mali, le Burkina Faso et le Niger, les rapports avec les institutions régionales et continentales se sont progressivement tendus. Les autorités sahéliennes ont souvent reproché à l’Union africaine son manque d’implication face à la crise sécuritaire, son éloignement des réalités du terrain et son attachement prioritaire aux principes institutionnels au détriment des urgences auxquelles sont confrontées les populations.

Consciente de cette défiance, l’Union africaine semble aujourd’hui privilégier une approche plus pragmatique. Accueilli à son arrivée par le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Karamoko Jean Marie Traoré, Mahamoud Ali Youssouf a tenu à rappeler que le Burkina Faso demeure un État membre fondateur de l’organisation continentale. « Le Burkina est un État membre de notre Union africaine et fondateur de l’Unité africaine. À ce titre, le président de la Commission est dans l’obligation de venir consulter et travailler avec le gouvernement », a-t-il déclaré, donnant le ton d’une visite placée sous le signe de l’écoute et de la concertation.

Mais c’est au cours de son entretien avec le Premier ministre, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, que les échanges ont véritablement révélé l’ampleur des attentes des autorités burkinabè. Sans détour, le chef du gouvernement a interpellé l’organisation continentale sur son rôle face aux défis auxquels est confronté le Sahel. « L’Union africaine est-elle véritablement une union ? Est-elle véritablement africaine ? », a-t-il lancé, regrettant que l’idéal d’unité continentale se traduise trop souvent, selon lui, par des prises de position éloignées des réalités vécues par les États confrontés au terrorisme.

Pour le Premier ministre burkinabè, les pays du Sahel mènent une lutte pour leur survie alors que les réponses des institutions africaines restent insuffisantes. Il a dénoncé le « mutisme » de l’Union africaine face aux menaces sécuritaires, estimant que son pays fait également l’objet d’une « guerre communicationnelle » dans laquelle l’organisation continentale serait parfois « embarquée ».

Le Premier ministre a aussi, de manière pragmatique, remis en question la dépendance financière de l’institution vis-à-vis de partenaires extérieurs, résumant sa pensée par une formule sans équivoque : « La main qui reçoit est toujours en dessous de celle qui donne. » Un appel à une profonde remise en question de l’Union africaine afin qu’elle puisse, selon lui, défendre avec davantage d’autonomie les intérêts du continent.

Face à ces critiques, Mahamoud Ali Youssouf n’a pas choisi la confrontation. Au contraire, il a adopté un ton conciliant, reconnaissant la légitimité des préoccupations exprimées par les autorités burkinabè. « Nous avons compris et reçu ce message », a-t-il assuré, avant de réaffirmer la solidarité de l’Union africaine envers le Burkina Faso dans sa lutte contre le terrorisme. « Le Burkina Faso n’est pas seul face à ces défis et ne doit pas se sentir seul. L’Afrique est à ses côtés », a insisté le président de la Commission, réaffirmant le soutien de l’organisation aux efforts déployés par le pays pour restaurer la sécurité sur son territoire.

Au-delà des déclarations, cette visite traduit également la volonté de relancer plusieurs mécanismes de coopération régionale. L’Union africaine plaide notamment pour la revitalisation du processus de Nouakchott, destiné à renforcer la coordination sécuritaire entre les pays de la bande sahélo-saharienne, dans un contexte où la menace terroriste demeure l’un des principaux défis du continent. Pour autant, ce rapprochement diplomatique ne signifie pas que les divergences ont disparu. L’Union africaine continue de défendre les principes inscrits dans son Acte constitutif et rappelle que la normalisation complète des relations avec le Burkina Faso passe notamment par un retour progressif à l’ordre constitutionnel, la reprise des activités politiques et l’organisation d’élections.

Une position qui contraste avec celle des autorités de la Transition, lesquelles estiment que la priorité demeure la restauration de la sécurité nationale avant toute échéance électorale, selon une logique pragmatique.

Cette différence d’appréciation illustre la complexité des relations entre l’Union africaine et les États de l’AES. Si les deux parties partagent désormais un même constat sur la gravité des défis sécuritaires qui frappent le Sahel, elles continuent d’afficher des approches qui restent davantage à concilier quant aux réponses politiques à y apporter. L’un des principaux enjeux de cette nouvelle séquence diplomatique sera donc de parvenir à concilier les impératifs de souveraineté mis en avant par les États sahéliens avec les principes de gouvernance défendus par l’organisation continentale.

La visite de Mahamoud Ali Youssouf intervient également dans un contexte de profondes recompositions géopolitiques en Afrique de l’Ouest. Le renforcement de la coopération au sein de l’AES après le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la Cédéao, ainsi que la diversification des partenariats internationaux, redessinent progressivement les équilibres régionaux. Dans ce nouveau paysage, l’Union africaine se doit de conserver son rôle de cadre privilégié du dialogue continental.

Par Allassane Camara, L’Analyse de la semaine – ADS

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