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RDC : Félix TSHISEKEDI tend la main, l’opposition sort les griffes

RDC : Félix TSHISEKEDI tend la main, l’opposition sort les griffes

Félix TSHISEKEDI / source image: LA vie eco

IAM BAMAKO IAM BAMAKO IAM BAMAKO

Le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, a annoncé, le 17 juillet, la tenue d’un dialogue national dans le pays. Bien que bénie par les religieux, l’opposition maintient sa marche du 22 juillet 2026. Une aventure dont l’issue pourrait bien sceller l’avenir politique de la République démocratique du Congo.

C’est à la Cité de l’Union africaine, devant les plus hautes autorités religieuses du pays, que le président congolais a levé l’option d’un dialogue « inclusif, apaisé et résolument républicain ». Le cardinal Fridolin Ambongo, au nom des confessions présentes – Mgr André Bokundoa (ECC), l’archevêque Ejiba Yamampia (ERC), le cheikh Abdallah Mangala (Communauté islamique), Mgr Donatien Nshole (CENCO) et le pasteur Éric Senga –, a salué une initiative qui « prolonge les efforts du Chef de l’État pour la paix et la stabilité ». Si les leaders religieux semblent avoir choisi le camp de la médiation aux côtés du président de la République, les lignes de front restent tracées sur le terrain politique.

Une offre de dialogue que Félix Tshisekedi propose au pire moment. À l’Est, la guerre ronge les provinces, les groupes armés se multiplient et le spectre d’une « balkanisation » hante les esprits. Sur le plan national, le débat sur la révision constitutionnelle a transformé la scène politique en champ de bataille. L’opposition, regroupée au sein de la coalition Article 64, a fait de la défense de la Constitution son étendard. Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga, autrefois rivaux, ont scellé une union, certes fragile mais déterminée, autour d’une certitude : « le projet de révision constitutionnelle n’est qu’un prétexte pour préparer un troisième mandat ».

La marche annoncée pour le 22 juillet en est la preuve vivante. Reportée une première fois à la demande du président burundais Évariste Ndayishimiye, elle n’a toutefois pas été annulée, mais simplement différée. Un geste de responsabilité, disent les cinq leaders. Une manœuvre dilatoire, rétorquent les soutiens du pouvoir.

Quoi qu’il en soit, la double mobilisation du 22 juillet – la C64 dans la rue, l’Union sacrée en contre-marche – promet une journée à haut risque.

Derrière ce front commun, l’opposition affiche des fractures profondes. Martin Fayulu, l’inflexible, accuse ouvertement le président de s’être « allié à Paul Kagame pour balkaniser le pays ». Moïse Katumbi, plus pragmatique, réclame un dialogue « véritablement inclusif », mais pose les conditions d’une gestion plus sobre des ressources publiques et, surtout, l’abandon pur et simple du référendum. Jean-Marc Kabund, ancien pilier de la majorité, s’est mué en opposant radical, qualifiant le projet de révision de « coup d’État » auquel il promet de mettre fin. Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga, plus discrets, suivent le mouvement, veillant à préserver leur crédibilité face à une opinion publique lassée des promesses non tenues.

La majorité présidentielle, elle non plus, n’est pas un bloc monolithique. La contre-marche annoncée par l’Union sacrée a été désavouée par l’UDPS, le parti du président, signe que les fissures commencent à apparaître dans le camp du pouvoir. Ce dialogue est-il une main tendue ou un piège ? En tout cas, la question agite les observateurs et les diplomates présents à Kinshasa.

Ils en voient trois scénarios possibles. Le premier : le président impose un dialogue verrouillé avec un agenda et un format qui ne laissent guère de place à une vraie négociation sur le fond. L’opposition boycotte, la rue s’embrase et le pays bascule dans une crise ouverte dont l’issue est imprévisible.

Dans le second, les Églises, fortes de leur crédibilité, parviennent à jouer les facilitateurs et à convaincre les deux camps de s’asseoir autour d’une table, avec des garanties mutuelles sur le format, l’agenda et la représentativité. Mais les précédents, particulièrement le dialogue de 2016 sous Kabila, restent une cicatrice ouverte et n’incitent pas à l’optimisme.

Dans le troisième, le plus redouté, le dialogue échoue dès ses premières heures, la double mobilisation du 22 juillet dégénère en affrontements et le pays, déjà fragilisé par la guerre à l’Est, s’enfonce dans une crise politique majeure. Pour l’heure, les précisions manquent. Le format du dialogue ? Pas encore défini. Le facilitateur ? On évoque les Églises, mais leur rôle exact reste flou. Les garanties offertes à l’opposition ? Aucune annonce concrète. C’est ce vide qui nourrit la méfiance. Et c’est cette méfiance qui pourrait tout faire basculer.

Félix Tshisekedi a lancé une bouteille à la mer. Les Églises ont mis leur crédibilité en jeu. L’opposition a sorti les griffes. La rue, elle, attend le 22 juillet, qui donnera un premier verdict. Si la journée se passe dans le calme, une fenêtre de tir pourrait s’ouvrir pour un dialogue sincère. Si elle tourne à l’affrontement, le pays pourrait entrer dans une zone de turbulences dont personne ne peut mesurer l’ampleur. Dans ce jeu d’échecs politique, chaque camp a fait son premier mouvement. Reste à savoir qui, finalement, fera mat.

Par Issa Garango, Analyse de la semaine – ADS

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