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Gaza : Nétanyahou sous pression

Gaza : Nétanyahou sous pression

Source image: cadenaser

IAM BAMAKO IAM BAMAKO IAM BAMAKO

La rencontre, en Égypte, entre Jared Kushner et des responsables du Hamas marque un tournant diplomatique aussi discret que spectaculaire. Alors que huit pays musulmans, dont plusieurs alliés de Washington et partenaires d’Israël, demandent à Tel-Aviv de ne pas torpiller la feuille de route américaine pour Gaza, Donald Trump tente de remettre sa stratégie sur les rails. Face à lui, Benyamin Nétanyahou refuse toujours de céder sur le désarmement du Hamas avant tout retrait israélien. Derrière ce bras de fer se joue, bien plus que l’avenir de Gaza, la capacité de Washington à redessiner l’équilibre du Moyen-Orient.

La séquence diplomatique qui se joue ces derniers jours au Moyen-Orient résume à elle seule la complexité du dossier de Gaza. Dimanche 16 août, Jared Kushner, gendre et envoyé du président américain Donald Trump, a rencontré en Égypte Khalil al-Hayya, figure dirigeante du Hamas, ainsi que d’autres responsables du mouvement. Une rencontre rare, puisque le Hamas est toujours considéré comme une organisation terroriste par les États-Unis. Elle intervient surtout après le rejet, par Benyamin Nétanyahou, d’une feuille de route américaine en quinze points destinée à relancer le processus de cessez-le-feu. Le plan prévoit notamment un désarmement progressif du Hamas en parallèle d’un retrait militaire israélien de Gaza, ainsi que la mise en place d’une administration palestinienne technocratique et d’une force internationale de stabilisation.

Le choix de Washington de parler directement au Hamas révèle ainsi une évolution de méthode. Il ne s’agit pas nécessairement d’un rapprochement politique entre les États-Unis et le mouvement palestinien, mais du constat qu’aucune solution durable à Gaza ne peut être négociée sans obtenir, d’une manière ou d’une autre, l’adhésion de ceux qui exercent encore une influence réelle sur le terrain. Kushner a précisément cherché à obtenir des garanties sur le désarmement et sur l’avenir politique de l’enclave. Le Hamas, de son côté, se dit disposé à avancer dans le cadre de la feuille de route, mais lie son désarmement à des garanties concernant le retrait israélien et l’arrêt des opérations militaires. Washington tente donc de faire ce qu’il n’avait pas toujours réussi à faire auparavant, notamment parler simultanément aux deux camps pour construire un compromis plutôt que d’attendre qu’un seul impose ses conditions.

Mais cette diplomatie américaine se heurte à l’obstacle Benyamin Nétanyahou. En effet, le Premier ministre israélien affirme qu’Israël ne retirera pas ses forces de Gaza tant que le Hamas et les autres groupes armés ne seront pas totalement désarmés. Cette position n’est pas seulement liée à la sécurité israélienne. Elle répond également à une équation politique intérieure particulièrement délicate, à l’approche des élections législatives prévues à l’automne. Nétanyahou doit composer avec une coalition dont une partie refuse toute concession susceptible d’être interprétée comme une victoire du Hamas. Son refus du plan américain apparaît donc comme le produit d’un double calcul : celui de préserver les exigences sécuritaires d’Israël et d’éviter une crise avec sa propre majorité. Trump, lui, se trouve confronté à un allié dont il attend davantage de souplesse. La rencontre entre Kushner et Nétanyahou, le 17 août à Jérusalem, doit précisément tenter de réduire cette fracture.

La pression ne vient toutefois plus seulement de Washington. Elle s’organise également au niveau régional. L’Égypte, la Jordanie, le Qatar, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, la Turquie, l’Indonésie et le Pakistan ont condamné le rejet israélien de la feuille de route américaine et appelé à des mesures concrètes pour préserver sa mise en œuvre. La composition de ce groupe est particulièrement significative, car les Émirats entretiennent des relations diplomatiques avec Israël, tandis que l’Égypte, la Jordanie, le Qatar, l’Arabie saoudite et la Turquie occupent des positions centrales dans les équilibres régionaux. Ainsi, leur démarche montre que la question de Gaza déborde désormais largement le seul face-à-face israélo-palestinien. Elle devient un enjeu collectif pour les puissances musulmanes, qui cherchent à peser davantage sur la définition de l’après-guerre.

Cette nouvelle dynamique doit également être replacée dans le contexte plus large de la politique américaine au Moyen-Orient. Depuis plusieurs mois, Donald Trump cherche à imposer une diplomatie fondée sur la pression, la négociation directe et la recherche d’accords rapides, tout en conservant la menace d’un recours à la force. Sur le dossier iranien, Washington a alterné opérations militaires et ouverture de négociations, notamment autour du nucléaire et de la réouverture du détroit d’Ormuz. Les discussions ont impliqué plusieurs acteurs régionaux, dont Oman, le Qatar, le Pakistan et l’Égypte. Cette approche traduit une volonté américaine de reprendre l’initiative dans une région où les crises se sont multipliées : Gaza, Iran, Liban, Syrie et tensions autour des routes énergétiques. Mais elle révèle aussi une contradiction : Washington veut conserver son rôle de puissance incontournable tout en demandant à ses partenaires régionaux de prendre davantage de responsabilités.

L’enjeu dépasse donc désormais la question de savoir si Israël et le Hamas accepteront ou non un texte américain. Le véritable test est celui de la capacité de Donald Trump à faire accepter un compromis à un allié israélien qui dispose encore d’un important levier militaire et politique, tout en obtenant du Hamas une transformation suffisamment profonde pour rendre possible une nouvelle gouvernance de Gaza. Le principe d’un désarmement progressif, associé à un retrait israélien et à une administration palestinienne soutenue internationalement, constitue une ouverture, mais aucune des parties ne semble prête à prendre seule le risque de la première concession. Si Trump parvient à franchir cet obstacle, il pourrait transformer Gaza en point de départ d’une nouvelle architecture diplomatique régionale. Dans le cas contraire, le bras de fer avec Nétanyahou pourrait révéler les limites de la capacité américaine à imposer sa propre stratégie au Moyen-Orient.

Par Kafifa Djitteye, L’Analyse de la semaine – ADS

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