Lors d’une récente prise de parole devant la jeunesse de Cotonou, le président béninois Patrice Talon a subtilement remis en cause la posture souverainiste adoptée par la Confédération des États du Sahel (AES), qui regroupe le Mali, le Niger et le Burkina Faso. Cette position, clairement assumée, risque d’élargir davantage le fossé avec ses voisins, pourtant confrontés à la même réalité du terrorisme et de la criminalité transfrontalière.
Le Bénin est l’un des pays côtiers limitrophes du Burkina Faso et du Niger, membres de l’AES. Cette situation géographique l’expose directement aux menaces jihadistes. En janvier 2025, une attaque meurtrière attribuée au groupe JNIM (affilié à Al-Qaïda) à Point Triple, dans le département de l’Alibori, a coûté la vie à plusieurs soldats béninois. Plus récemment, une autre base militaire a essuyé une offensive violente du même groupe, illustrant l’escalade de la menace dans les pays côtiers.
Selon le think tank ECFR, le Bénin figure parmi les États les plus vulnérables de la région, en raison de ses capacités de riposte limitées. Une situation qui renforce l’urgence d’une coopération militaire solide et inclusive entre tous les pays directement exposés.
Contrairement aux États de l’AES, qui ont rompu leurs accords de coopération militaire avec la France au profit d’un renforcement exclusif des forces armées nationales, le Bénin a choisi de maintenir ses partenariats opérationnels avec Paris. Patrice Talon défend une vision de la souveraineté compatible avec les alliances stratégiques : « La souveraineté, c’est l’ambition et la fierté, pas l’isolement. »
À la suite d’une déclaration d’Emmanuel Macron, la France a reconnu que Cotonou ne disposait pas encore de certaines capacités d’armement, rendant son soutien extérieur indispensable. Pour Talon, rompre complètement avec les partenaires internationaux reviendrait à affaiblir la lutte contre les groupes armés. Les divergences idéologiques entre le Bénin et les pays de l’AES pèsent ainsi sur la nécessaire union des efforts pour vaincre le terrorisme.
Issa Djiguiba, pour l’Analyse de la Semaine –ADS