Le Burkina Faso a procédé, le 12 janvier 2026, à un léger remaniement ministériel, marqué à la fois par des changements ciblés de titulaires et par la modification de plusieurs intitulés de départements.
Annoncé par le Secrétaire général du gouvernement et largement relayé par les médias nationaux, ce réaménagement s’inscrit dans une dynamique de réorientation symbolique de la Transition, sans pour autant constituer une refonte profonde de l’architecture gouvernementale. À travers des ministères rebaptisés et quelques ajustements stratégiques, l’exécutif affiche clairement sa volonté de renforcer la mobilisation nationale autour des priorités du moment.
Parmi les décisions les plus emblématiques figure le changement d’appellation du ministère de la Défense, désormais désigné ministère de la Guerre et de la Défense patriotique. Confié au Général de division Célestin Simporé, ce département incarne la volonté des autorités de durcir le discours et l’action face à la menace sécuritaire. Le choix de cette dénomination, rompant avec le vocabulaire administratif traditionnel, traduit une orientation assumée vers une rhétorique de combat, de résistance et de mobilisation patriotique contre le terrorisme.
Dans le même esprit, le ministère de la Fonction publique change de dénomination pour devenir le ministère des Serviteurs du peuple, confié à Mathias Traoré. Cette nouvelle appellation vise à rappeler la vocation première de l’administration, appelée à se placer au service direct des citoyens. Elle s’inscrit dans une logique de revalorisation du rôle social de l’État et de responsabilisation accrue des agents publics face aux attentes populaires. Relayée notamment par Radio Oméga, cette évolution suscite des débats quant à sa portée concrète au-delà de sa dimension symbolique.
Autre changement notable, l’ancien ministère de l’Habitat devient le ministère de la Construction de la patrie, dirigé par Mikailou Sidibé. Ce choix traduit une volonté d’élargir le champ d’action du département, en dépassant la seule question du logement pour l’inscrire dans une dynamique globale de reconstruction nationale. Dans un contexte marqué par l’insécurité et les déplacements massifs de populations, cette nouvelle appellation met l’accent sur la cohésion sociale et territoriale autour de la notion de patrie.
Parallèlement à ces ajustements symboliques, plusieurs portefeuilles stratégiques ont changé de titulaires. Annick Lydie Djouma Pikbougm Zingue Ouattara prend la tête du ministère des Sports, de la Jeunesse et de l’Emploi, succédant à Roland Somda. Moumouni Zoungrana est nommé ministre de l’Enseignement secondaire et de la Formation technique, en remplacement de Boubacar Savadogo. Le Commandant Ismaël Sombié hérite du ministère de l’Agriculture, de l’Eau, des Ressources animales et halieutiques, tandis qu’Émile Zerbo est nommé à la tête du ministère de l’Administration territoriale et de la Mobilité. Aboubakar Na prend, pour sa part, les rênes du ministère de l’Économie et des Finances, un portefeuille clé dans le pilotage des orientations budgétaires et économiques du pays.
Il convient également de noter l’absence, dans la nouvelle configuration, de certains ministères auparavant mentionnés, notamment ceux des Infrastructures et du Désenclavement, ainsi que de l’Urbanisme. Cette situation pourrait traduire une volonté de rationalisation institutionnelle, avec des fusions ou des suppressions de départements jugés moins prioritaires dans le contexte actuel. La Transition semble ainsi concentrer ses efforts sur les secteurs considérés comme vitaux, notamment la défense, la jeunesse, l’agriculture, les finances et la cohésion nationale.
Ce remaniement intervient dans le cadre de la Charte de la Transition, modifiée en mai 2024, qui encadre l’action du gouvernement en place. Il reflète une stratégie de recentrage visant à renforcer la défense nationale, consolider l’économie et améliorer la gouvernance territoriale. Les nouvelles appellations ministérielles, telles que « Serviteurs du peuple » ou « Construction de la patrie », traduisent la volonté des autorités de donner une dimension idéologique et patriotique plus affirmée à l’action gouvernementale.
Dans l’ensemble, ce remaniement apparaît comme une étape supplémentaire dans la consolidation de la Transition au Burkina Faso. Sans bouleversement majeur, il témoigne d’une volonté politique de renforcer les secteurs clés et de mobiliser l’ensemble des forces vives autour des défis sécuritaires, économiques et sociaux. Si les enjeux demeurent considérables, cette réorganisation illustre une adaptation progressive des institutions aux réalités du moment, dans une perspective de gouvernance plus resserrée, plus engagée et plus en phase avec les aspirations populaires.
