En acceptant la démission du Premier ministre Robert Beugré Mambé et en mettant fin aux fonctions de son gouvernement, le président Alassane Ouattara ouvre une nouvelle séquence politique en Côte d’Ivoire. Si l’acte s’inscrit dans un cadre constitutionnel classique, son timing et son contexte soulèvent des interrogations majeures sur les équilibres du pouvoir, la dynamique interne du RHDP et l’état du jeu démocratique ivoirien.
L’annonce, faite par la présidence de la République, de la dissolution du gouvernement ivoirien marque officiellement la fin de la mission de l’équipe dirigée par Robert Beugré Mambé. Sur le plan strictement institutionnel, cette décision relève des prérogatives constitutionnelles du chef de l’État, notamment dans un contexte de recomposition politique consécutive à des échéances électorales ou à une réorganisation de l’exécutif.
Toutefois, pour de nombreux observateurs de la vie politique ivoirienne, cet acte dépasse le simple formalisme. Il intervient dans un environnement politique caractérisé par une domination écrasante du parti au pouvoir, le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), et par une opposition affaiblie, fragmentée et contestataire quant aux conditions d’expression du pluralisme politique.
Ces dernières années, la scène politique ivoirienne est marquée par un déséquilibre croissant entre un pouvoir solidement installé et des forces d’opposition qui dénoncent régulièrement un rétrécissement de l’espace démocratique. Boycotts électoraux, contestation des règles du jeu, mise à l’écart de certaines figures politiques et faible mobilisation électorale constituent autant de signaux relevés par les analystes.
Dans ce contexte, la dissolution du gouvernement est perçue par certains comme une étape technique de transition, mais par d’autres comme un levier stratégique permettant au chef de l’État de reconfigurer l’exécutif en fonction des priorités politiques du moment, notamment, consolidation du pouvoir, discipline interne au RHDP, et préparation des prochaines échéances institutionnelles.
De critiques persistantes
De manière récurrente, des partis d’opposition et des organisations de la société civile soulignent ce qu’ils considèrent comme un déficit d’inclusivité du système politique. Ils évoquent un climat peu favorable à une compétition équitable, une administration électorale contestée et une justice perçue comme insuffisamment indépendante.
Même si ces critiques ne remettent pas en cause la légalité de la dissolution du gouvernement, elles alimentent un débat plus large sur la légitimité politique et la capacité des institutions à refléter la diversité des sensibilités ivoiriennes. Pour les analystes, le risque réside moins dans l’acte lui-même que dans l’accumulation de décisions prises dans un environnement politique peu consensuel.
Les défis qui attendent le nouveau gouvernement
La formation du prochain gouvernement constitue désormais un test politique majeur. Elle devra répondre à plusieurs défis : maintenir la stabilité institutionnelle, gérer les attentes sociales croissantes, notamment, sur le coût de la vie, l’emploi des jeunes et les inégalités et restaurer un minimum de confiance entre le pouvoir et ses contradicteurs.
La composition de la future équipe gouvernementale sera scrutée pour évaluer la place accordée aux équilibres régionaux, générationnels et technocratiques, mais aussi pour mesurer la capacité du régime à envoyer des signaux d’ouverture ou, au contraire, de continuité assumée.
Mais au-delà de la conjoncture immédiate, cette dissolution du gouvernement s’inscrit dans une trajectoire d’un système institutionnel stable, bien que centralisé, où la question du renouvellement politique et du pluralisme effectif reste posée.
Pour les observateurs avertis, l’enjeu principal n’est donc pas la décision en elle-même, mais ce qu’elle révèle de l’évolution du pouvoir exécutif ivoirien et de sa relation avec une opposition affaiblie, mais toujours critique. La suite du processus, la nomination du nouveau Premier ministre ainsi que les orientations politiques, permettra de mieux cerner la direction que le président Ouattara entend donner à cette nouvelle phase de la gouvernance ivoirienne.
