Alors que la Coupe du monde 2026 approche à grands pas, une inquiétude grandit parmi les supporters, notamment africains. Si les joueurs et les délégations officielles sont assurés de pouvoir participer à la compétition, le durcissement de la politique migratoire américaine fait planer le risque de matchs disputés devant des tribunes partiellement privées de leur public, remettant en question l’universalité proclamée du plus grand événement sportif mondial.
La Coupe du monde 2026 devait être celle de tous les records et de toutes les ouvertures : 48 équipes, 104 matchs et une organisation répartie entre les États-Unis, le Canada et le Mexique. Pourtant, à quelques mois du coup d’envoi prévu le 11 juin, le climat d’enthousiasme est tempéré par une réalité administrative de plus en plus contraignante. Selon des informations rapportées par l’agence Associated Press, les autorités américaines ont décidé de suspendre ou de durcir, à partir du 21 janvier, le traitement de certaines demandes de visas d’immigrants en provenance de 75 pays, dont plusieurs directement concernés par le Mondial.
Parmi ces États figurent quinze nations déjà qualifiées pour la Coupe du monde 2026, ainsi que trois autres encore engagées dans les barrages intercontinentaux. La majorité d’entre elles se situent en Afrique, en Asie et en Amérique latine, des régions où le football constitue bien plus qu’un simple spectacle sportif. Cette décision, prise dans un contexte de durcissement général de la politique migratoire américaine, n’empêche pas la tenue de la compétition, mais en modifie potentiellement l’atmosphère.
Sur le plan sportif, les autorités américaines ont clairement établi une distinction. Les joueurs, entraîneurs, arbitres et membres des staffs techniques participant à des événements sportifs majeurs bénéficient d’exemptions spécifiques. Les équipes qualifiées pourront donc se rendre aux États-Unis sans entrave pour disputer la Coupe du monde. En revanche, ces exemptions ne s’appliquent pas aux supporters. Le Département d’État a confirmé, dans des déclarations rapportées par Politico, que les facilités accordées aux acteurs sportifs ne concernent pas les fans ou spectateurs étrangers, même lorsqu’il s’agit d’un événement mondial comme le Mondial.
Cette situation touche directement l’Afrique de l’Ouest. Le Sénégal et la Côte d’Ivoire, deux grandes nations du football africain qualifiées pour 2026, figurent parmi les pays soumis à des restrictions partielles. Les autorités américaines justifient ces mesures par le visa overstay rate, le taux de visiteurs qui demeurent sur le territoire après l’expiration de leur visa. Selon le Département américain de la sécurité intérieure, ce taux atteindrait 4 % pour le Sénégal et 8 % pour la Côte d’Ivoire. Concrètement, les supporters détenteurs de ces passeports devront faire face à des procédures de visa plus longues, plus strictes et sans garantie de succès.
L’enjeu est d’autant plus sensible que le tirage au sort a réservé des affiches à forte charge émotionnelle. Le Sénégal évoluera dans un groupe relevé aux côtés de la France, de la Norvège et d’une équipe issue des barrages, tandis que la Côte d’Ivoire affrontera notamment l’Allemagne. Autant de rencontres où la présence des supporters africains est traditionnellement un élément central de l’ambiance et du spectacle. Les Lions de la Teranga affronteront également les États-Unis en match amical de préparation, le 31 mai à Charlotte, un rendez-vous symbolique dans ce contexte particulier.
Ces restrictions s’inscrivent dans la ligne dure assumée par l’administration de Donald Trump sur les questions migratoires. Plusieurs décrets récents ont limité l’entrée sur le territoire américain de ressortissants de nombreux pays, tout en préservant la participation des athlètes et des délégations officielles. Les effets collatéraux de ces choix politiques ont déjà suscité des tensions, notamment lors du tirage au sort, où la délégation iranienne avait exprimé ses préoccupations concernant les conditions de déplacement vers les États-Unis.
Face aux critiques, la FIFA a annoncé la création d’une nouvelle catégorie de billets, la « Tribune basique pour les supporters », proposée à 60 dollars pour l’ensemble des matchs, finale comprise. L’instance mondiale affirme vouloir faciliter l’accès des fans aux stades. Mais cette mesure ne répond qu’en partie au problème. Pour de nombreux supporters africains, la principale inconnue demeure l’obtention du visa. À défaut d’interdiction officielle, la Coupe du monde 2026 pourrait ainsi se jouer dans un paradoxe inédit : des matchs pleinement disputés sur le terrain, mais privés, dans les tribunes américaines, d’une partie essentielle de la ferveur qui fait l’âme du football mondial.
