En prêtant serment le 17 janvier 2026 devant des dizaines de milliers de Guinéens et un parterre de chefs d’État africains à la fois de la CEDEAO que de l’Alliance des États du Sahel (AES), Mamadi Doumbouya décline officiellement sa position. Au-delà de l’institutionnelle, cette investiture s’impose comme un signal fort de la volonté de Conakry de préserver des relations régionales équilibrées dans une Afrique de l’Ouest en pleine recomposition.
La Guinée a vécu, samedi 17 janvier 2026, l’un des moments politiques les plus significatifs de son histoire récente. Au stade général Lansana Conté de Nongo, le général Mamadi Doumbouya a été investi président de la République après sa victoire à l’élection présidentielle du 28 décembre 2025.
Dans un cadre solennel et populaire, cette cérémonie a rassemblé plus de 50 000 spectateurs ainsi que de nombreuses délégations africaines et internationales, conférant à l’événement une dimension à la fois nationale, régionale et continentale.
Cette investiture marque l’aboutissement formel d’un processus de transition entamé en septembre 2021, à la suite du renversement du président Alpha Condé.
En prêtant serment sur la nouvelle Constitution adoptée par référendum en septembre 2025, Mamadi Doumbouya s’est engagé à respecter et à faire respecter les lois de la République pour un mandat présidentiel de sept ans, ouvrant ainsi à une nouvelle phase de gouvernance en Guinée Conakry.
L’un des faits marquants de cette cérémonie réside dans la diversité des dirigeants africains présents, dans un contexte régional pourtant marqué par des tensions politiques et diplomatiques persistantes. Parmi les chefs d’État ayant fait le déplacement figuraient notamment le général d’armée Assimi Goïta, président de la transition du Mali, Brice Clotaire Oligui Nguema (Gabon), Paul Kagamé (Rwanda), Adama Barrow (Gambie), Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani (Mauritanie), Bassirou Diomaye Faye (Sénégal) et Joseph Boakai (Libéria). Étaient également présents le président de la Commission de la CEDEAO, Oumar Alieu Touray, ainsi que le président en exercice de l’Union africaine, Mohamed Ali Youssouf.
Cette configuration diplomatique, associant des États membres de la CEDEAO et des pays liés à l’AES, traduit un choix stratégique assumé par la Guinée : celui de maintenir des relations cordiales avec l’ensemble de ses partenaires régionaux, malgré un environnement sous-régional marqué par des recompositions profondes, des ruptures institutionnelles et des lignes de fracture politiques.
Pour certains observateurs, Conakry cherche ainsi à se positionner comme un acteur de continuité diplomatique et de dialogue, à la croisée des espaces ouest-africain côtier et sahélien.
Sur le plan intérieur, les attentes sont fortes en matière de gouvernance, de réformes institutionnelles, de relance économique et de cohésion sociale.
Après quelques années de transition, le nouveau pouvoir devra donc transformer la légitimité électorale acquise en résultats concrets, dans un pays confronté à des défis socio-économiques structurels.
Pour l’Afrique de l’Ouest, cet événement intervient à un moment charnière. Il interroge la capacité des États de la région à concilier transitions politiques, stabilité institutionnelle et coopération régionale, alors que l’architecture traditionnelle d’intégration est en mutation. La forte mobilisation diplomatique autour de Conakry souligne, à cet égard, l’importance stratégique accordée à la Guinée dans les équilibres régionaux.
