Alors que le mandat d’António Guterres touche à sa fin, la candidature officielle de Macky Sall au Secrétariat général des Nations Unies relance avec force la revendication africaine d’un leadership mondial équitable. Mais entre consensus continental et divisions domestiques, le parcours du diplomate sénégalais s’annonce semé d’embûches.
Conformément à l’Article 97 de la Charte des Nations Unies, le Secrétaire général est nommé par l’Assemblée générale sur recommandation du Conseil de sécurité. Le processus actuel, encadré par la résolution 79/327 de l’Assemblée générale, exige des candidats qu’ils soumettent leurs déclarations de vision, leur curriculum vitæ et des informations sur le financement de leur campagne.
La sélection finale repose sur un vote du Conseil de sécurité : tout candidat doit obtenir au moins neuf voix favorables sur quinze, sans veto de l’un des cinq membres permanents (Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni, Russie). Cette exigence confère à la phase diplomatique une dimension stratégique cruciale.
La rotation géographique
L’Afrique n’a fourni que deux Secrétaires généraux à l’ONU : Boutros Boutros-Ghali (Égypte, 1991-1996) et, indirectement, Kofi Annan (Ghana, 1997-2006), ce dernier ayant bénéficié d’un consensus exceptionnel. Depuis lors, le principe de rotation régionale plaide en faveur d’un retour du continent africain à la tête de l’organisation, d’autant que l’Amérique latine et les Caraïbes n’ont jamais accédé à cette fonction. Macky Sall s’inscrit dans cette revendication historique, soutenue par l’Union africaine.
Macky Sall a présidé l’Union africaine de 2022 à 2023, période durant laquelle il a activement plaidé pour l’octroi d’un siège permanent à l’Afrique au G20 et pour une réforme de l’architecture financière mondiale. Cette expérience lui confère une légitimité certaine en matière de médiation continentale et de plaidoyer multilatéral.
Sa candidature, portée officiellement par le Burundi plutôt que par le Sénégal, illustre une stratégie panafricaine visant à transcender les clivages nationaux. Cette approche vise à présenter Macky Sall comme un candidat du continent, et non comme un représentant d’intérêts sénégalais spécifiques.
En tant que président du Sénégal de 2012 à 2024, il a dirigé un pays plus ou moins stable dans une région sahélienne éprouvée par l’instabilité sécuritaire. Son rôle dans les processus de paix régionaux constitue un élément valorisable dans une candidature onusienne, où la capacité de médiation est primordiale.
Cependant, la candidature de Macky Sall intervient dans un contexte politique sénégalais tendu. Les autorités actuelles accusent l’administration sortante d’avoir dissimulé l’ampleur réelle de la dette publique, soulevant des questions de transparence financière. Dans une organisation où l’intégrité et la redevabilité sont des valeurs cardinales, ces controverses pourraient être instrumentalisées par ses opposants lors des auditions au Conseil de sécurité.
Une concurrence internationale exigeante
Macky Sall n’est pas seul dans la course. Parmi les candidats officiellement enregistrés figurent : Michelle Bachelet (Chili), ancienne présidente et haute commissaire aux droits de l’homme ; Rafael Grossi (Argentine), directeur général de l’AIEA, expert en questions de sécurité nucléaire et Rebeca Grynspan (Costa Rica), Secrétaire générale adjointe de la CNUCED.
Cette diversité de profils renforce la compétitivité du processus et exige de chaque candidat une argumentation différenciée. De plus, la question du genre constitue un critère émergent dans cette course.
Après 80 ans d’existence de l’ONU, aucune femme n’a encore accédé au poste de Secrétaire général. La pression croissante en faveur d’une représentation féminine à la tête des institutions internationales pourrait constituer un facteur déterminant. Macky Sall devra donc démontrer que son expérience compense cet enjeu historique.
Perspectives et scénarios possibles
À partir de juillet 2026, les quinze membres du Conseil de sécurité entameront les consultations formelles et les votes indicatifs. Pour Macky Sall, l’enjeu sera double : convaincre les membres permanents que son profil correspond aux priorités géopolitiques actuelles (climat, paix, développement) ; neutraliser l’impact des controverses domestiques par une communication stratégique centrée sur son bilan continental.
La candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire général des Nations Unies incarne à la fois une opportunité historique pour l’Afrique et un défi diplomatique complexe. Si son expérience continentale et son plaidoyer pour un multilatéralisme réformé constituent des atouts indéniables, les controverses domestiques et la concurrence internationale exigent une stratégie de campagne rigoureuse et inclusive.
Au-delà de la personne, cette candidature interroge la capacité de l’ONU à concilier principes de rotation géographique, exigence de compétence et aspirations contemporaines à une représentation équitable.
Bakary Fomba
