En tout cas, sa dernière sortie publique du Samedi 22 février 2025 à la Maison de la presse de la capitale malienne, quelques mois après son éviction à la Primature, annonce déjà la couleur de sa prochaine bataille politique. Le président du comité stratégique du M5-RFP a défendu, lors de cette rencontre avec la presse son bilan en tant que chef du gouvernement, il a critiqué avec « intelligence » la gestion du pays, en revenant sur l’organisation des élections pour clore le chapitre de cette transition. Tout en dégainant des pistes de propositions aux autorités qui font actuellement face à des critiques acerbes dans toutes les directions.
La sortie de l’ancien premier ministre, Choguel Kokalla Maiga était attendue comme une traînée de poudre dans l’espace médiatique national. Entouré de ses plus fidèles collaborateurs et les militants de sa coalition politique, l’ex chef de l’administration est revenu sur le partenariat qui a lié son rassemblement politique aux militaires.
« Ce partenariat stratégique, scellé au soir du lundi 24 mai 2021 à Kati sous la forme d’un compromis politique historique, c’est-à-dire d’un pacte d’honneur entre patriotes, fut bâti autour d’un engagement sincère pour la mise en œuvre d’actions pertinentes pour la Refondation du Mali, à travers la mise en œuvre de 10 points sur 17 mesures synthétisant les attentes contenues dans la vision du M5-RFP. », a-t-il déclaré.
Qui est Choguel Kokalla Maiga ?
Choguel Kokalla Maiga est un homme politique malien, âgé de 67 ans. Un natif de la région d’Asongo, au nord du pays. Cet ingénieur de télécommunications, formé à Biélorussie et en Russie, quand l’URSS était à son apogée, a commencé la politique très jeune. Il fut selon, certains de ses détracteurs l’un des fervents chantre juvéniles du parti unique UDPM du feu Général Moussa Traoré (président du Mali de 1968 à 1991). Avant d’être le président du Mouvement patriotique du renouveau – MPR, la formation politique qu’il a créé à l’avènement du multipartisme.
Il a tour à tour été ministre de feu Amadou Toumani Touré – ATT et feu Ibrahim Boubacar Keita – IBK, avant d’être un chef d’opposition contre ce dernier. En juin 2020 à l’initiative de trois regroupements politiques, FSD dont il était le président intérimaire, Espoir Malikoura et CMAS de l’imam Mahmoud Dicko, ils créèrent le Mouvement du 05 juin – le rassemblement des forces patriotiques – M5-RFP. Ce mouvement se transformera au bout de quelques jours à une grande force hétéroclite, qui exigera la démission du président Keita.
Cette large coalition politique a vibré la capitale malienne durant plusieurs mois par des séries de manifestations. Ce qui a occasionné un blocage politique par faute de compromis entre le régime d’alors et le mouvement dirigé par Choguel Kokalla Maiga. Ce bras de fer donnera naissance à un « parachèvement » des militaires réuni au sein du Comité national pour le salut du peuple – CNSP, qui était présidé par le Colonel Assimi Goita, actuel président du Mali.
Se sentant mis à l’écart, le mouvement hétéroclite se déchire d’abord, certains de ces membres célèbres se rapprochent des militaires. Tandis que Choguel et ses amis continuent de taper sur la table, en s’opposant à la transition dirigée par le colonel Bah N’Daw, d’août 2020 à mai 2021.
Après la fameuse « rectification » de la trajectoire de la transition, qui a mis fin au contrat des militaires du CNSP et le président N’Daw et son premier ministre, Moctar Ouane. Les jeunes colonels se rapprochent de la branche populaire du M5-RFP dirigé par Choguel. Il sera même choisi comme premier ministre après les négociations entre les deux parties.
« La Rectification a consisté à adopter une vision résumée et définie de commun accord : attribuer la fonction de Président de la Transition, Chef de l’Etat à une personnalité membre de l’ex-CNSP et celle de Premier ministre, Chef du Gouvernement, à une personnalité désignée par le M5-RFP ; attribuer certains postes clés du Gouvernement à des membres désignés par l’ex-CNSP et les autres au M5-RFP avec les autres Forces socio-politiques », a rappelé l’ancien premier lors de sa sortie de ce 22 février devant les journalistes.
Selon lui, sa mission était « le renforcement de la sécurité ; les réformes politiques et institutionnelles ; l’organisation des élections générales ; la promotion de la bonne gouvernance et l’application intelligente de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger. »
Un bilan « élogieux »
Par ailleurs, durant sa prise de parole, le madré politique a fait des éloges sur son bilan à la tête du gouvernement. Il a synthétisé la réussite des Assises nationales de la refondation, « dans un environnement caractérisé par la multiplicité des priorités nationales (défense, sécurité, paix, diplomatie, alimentation, éducation, santé, énergie, emploi, infrastructures, réformes politiques, institutionnelles et administratives, etc.), l’engagement gouvernemental de mettre en œuvre les recommandations des ANR a été traduit en action à travers l’adoption du Cadre Stratégique de la Refondation de l’Etat (CSRE 2022-2031) et ses Plans d’Actions suivant le Décret N°2022-0453/PT-RM du 10 août 2022, assurant ainsi le caractère exécutoire des recommandations des ANR », a-t-il précisé. Avant d’expliquer que l’objectif général du CSRE visait à assurer un véritable processus de Refondation du Mali avec la mise en œuvre progressive des recommandations des ANR, à travers cinq axes stratégiques.
Pour lui, c’est ainsi que dans « le domaine de la Défense et de la Sécurité, le Mali a été débarrassé de tout ce qui pouvait l’empêcher de réaliser la vision endogène du MaliKura : la Force Takuba, G5-Sahel, Barkhane, EUTEM EUCAP-Sahel, avec en prime la reconquête de toutes les emprises occupées antérieurement par la MINUSMA, y compris Kidal, jadis sanctuaire des narco-terroristes, inaccessible aux Représentants officiels de l’Etat du Mali depuis 2012. »
Le dirigeant politique a également profité pour communiquer sur l’implication de sa coalition politique à la réussite des ANR.
Pour lui, depuis « la rectification de la trajectoire de la transition », les résultats du changement pour la Refondation du Mali sont « irréfutables, visibles et tangibles à tous les niveaux » de la gouvernance actuelle.
Un futur chef d’opposition en camouflage
Le président du comité stratégique du M5-RFP se camoufle déjà en chef d’opposition contre ses anciens collaborateurs. Ce qui lui a poussé à fustiger sa mise en écart sur certaines questions par les « militaires »: « il est déplorable que plusieurs questions majeures de la gestion gouvernementale ont été traitées par surprise en mettant le Premier ministre devant le fait accompli, sans aucun débats au sein du Gouvernement », a-t-il indiqué.
Parmi ces questions, il a notamment énuméré, « la prorogation de la durée de la Transition, la réorganisation territoriale, la gestion de la crise énergétique ». Ce n’est pas que cela, il a également souligné « la tentative infructueuse d’organisation, le 8 juin 2023, en étroite collaboration avec des tenors du régime défunt, d’un meeting de lancement de la campagne référendaire du 8 juin 2023 », qui selon lui, a été qualifié par certains militants de « meeting de la
honte », ainsi que « le report des élections », « la négociation d’engagements financiers et la conclusion de prêts avec plusieurs bailleurs de fonds et partenaires, à l’insu du Premier ministre », et « la tenue et souvent même les conclusions de négociations sur certains dossiers à caractère économique et financier avec des partenaires stratégiques, ainsi qu’avec des partenaires techniques et financiers du Mali, à l’insu du Premier ministre; la gestion des engrais des cotonculteurs »
Maiga a aussi fait écho des dissolutions récurrentes des conseils élus et de leur remplacement par des organes transitoire, « tout cela se fait sans même informer le premier ministre ».
Durant cette deuxième séquence de sa clarification, Choguel a affirmé devant ses militants, qu’il a été mis au banc de touche sur les différentes discussions concernant l’Alliance des États du Sahel – AES. Alors que, d’après ses affirmations ce concept de regroupement politique a été discuté « entre les Premiers ministres du Burkina Faso, du Mali et du Niger , respectivement le 1er février 2023, le 23 février 2023 et le 30 décembre 2023, entre les trois Premier ministres »
Un meeting, une démission
Le président du parti MPR ne s’est pas arrêté qu’à cela, il a aussi évoqué la raison du meeting de 16 novembre 2024, qui a été la cause de son éviction à la tête du gouvernement. Il a estimé dans son sermon politique que cette rencontre avait pour but d’une part, « de magnifier le rôle des FAMa dans la réussite de la Transition dans leur mission régalienne de rétablissement de l’autorité de l’Etat avec notamment la libération et la récupération de Kidal », et d’autre part, « de sensibiliser les partenaires stratégiques au sein de la Transition pour corriger les erreurs de parcours et empêcher tout retour de l’ordre ancien et des pratiques d’antan », ainsi que de « proposer au M5-RFP et au Peuple des pistes de solution afin de combler l’espoir des Maliens et des Africains. »
Pourtant à l’en croire, « une orchestration stipendiée fut servie aux Maliens par des associations politiques et des Partis, nouvellement créés en méconnaissance des recommandations des ANR, avec comme sponsors des militaires, pourtant parties prenantes du partenariat stratégique entre le M5-RFP et l’ex-CNSP. Lesdites organisations politiques, dont plusieurs sont animés par des vrais ennemis de la transition par des agents doubles, à Bamako et dans les Régions de l’intérieur, ont été mises en branle pour demander la démission du Premier ministre ». Il a fustigé cette stratégie au moment où il était au poste du chef d’administration, avant d’aller au fond des confidences.
« Ayant échoué dans leur tentative de déstabilisation du Premier ministre, ChoguelKokalla MAÏGA, en intelligence avec certaines Forces politiques, des clans se sont créés au sein du Gouvernement avec le même objectif : affaiblir systématiquement le Premier ministre. Tout y a passé, y compris l’impensable », a-t-il déclaré. Tout en détaillant cette stratégie d’affaiblissement: « des nominations sans consultation du Premier ministre de certains responsables des Services relevant pourtant de sa tutelle ; l’élaboration des budgets annuels, et leur présentation au CNT, sans échanges préalables avec le Premier ministre ; la décision de procéder à un « léger report des élections » sans débats au sein du Gouvernement »
Il a même insinué devant les journalistes, ce 22 fevrier qu’il y’a eu « des discussions engagées par certains ministres avec des bailleurs de fonds à l’insu du Premier ministre ; la conclusion d’engagements financiers et de prêts à moyen ou long termes, par certains ministres sans consulter le Premier ministre. Le Mali se trouve ainsi engagé par des ministres, à l’insu du gouvernement, non investis d’un quelconque mandat ou légitimité historique ou politique ; la négociation et la fixation du prix de renouvellement des licences d’exploitation des sociétés de télécommunications, à l’insu du Premier ministre, qui apprend certains détails sur les réseaux sociaux ». La rupture semble déjà consommée à travers ces déclarations de l’ancien premier ministre de la transition.