L'Analyse de la Semaine
Mon compte

Votre panier est vide.

  • MALI
  • SÉNÉGAL
  • SAHEL
  • AFRIQUE
  • INTERNATIONAL
  • NOUS
    • Devenir contributeur
    • Nous contacter
    • Á propos de nous
No Result
View All Result
L'Analyse de la Semaine
No Result
View All Result

Or africain : la fin du tout-export ?

Or africain : la fin du tout-export ?

image d'illustration/ source : African Manager

IAM BAMAKO IAM BAMAKO IAM BAMAKO

De la Guinée au Mali, en passant par le Burkina Faso, le Niger ou encore la Côte d’Ivoire, les États ouest-africains se penchent plus vers la transformation locale de leur production aurifère. Dernière illustration en date : l’interdiction annoncée par Conakry d’exporter de l’or brut. Si les mesures diffèrent d’un pays à un autre, la volonté commune de tous de conserver une plus grande part de la richesse générée par le métal jaune s’avèrent chaque jour d’avantage.

L’annonce marque une nouvelle étape dans la stratégie de valorisation des ressources naturelles engagée par plusieurs pays africains. Le 19 juin dernier, le président guinéen Mamadi Doumbouya a déclaré que l’or produit en Guinée devra désormais être fondu, certifié et transformé sur le territoire national avant toute exportation. Les opérateurs qui continueraient à exporter de l’or brut s’exposeraient à des sanctions pouvant aller jusqu’à la suspension de leur licence d’exploitation.

Au-delà de la seule Guinée, cette décision s’inscrit dans un mouvement plus large qui gagne progressivement le continent. De plus en plus de gouvernements africains remettent en question un modèle économique hérité de plusieurs décennies durant lesquelles les matières premières étaient exportées à l’état brut avant d’être transformées ailleurs.

Dans le secteur aurifère, cette évolution est particulièrement visible en Afrique de l’Ouest. Le Mali a lancé en 2025 la construction d’une importante raffinerie d’or près de Bamako afin de renforcer le contrôle de sa production et d’accroître les retombées économiques du secteur. Le Burkina Faso poursuit des objectifs similaires tandis que le Niger développe également un projet de raffinerie. La Côte d’Ivoire a annoncé la création d’une unité nationale de raffinage et le Ghana, premier producteur africain d’or, cherche depuis plusieurs années à accroître ses capacités de transformation locale.

À première vue, ces initiatives peuvent sembler techniques. Pourtant, elles traduisent un changement profond de vision. Pendant longtemps, les pays producteurs se sont principalement concentrés sur l’extraction du minerai. Les étapes les plus rémunératrices de la chaîne de valeur (raffinage, certification, commercialisation et parfois fabrication de produits dérivés) étaient réalisées à l’étranger.

Aujourd’hui, les gouvernements africains souhaitent récupérer une partie de cette valeur ajoutée. L’objectif n’est pas seulement de raffiner l’or sur place. Il s’agit également de créer des emplois qualifiés, de développer un savoir-faire industriel, d’améliorer la collecte des recettes fiscales et de mieux contrôler les volumes réellement exportés.

Cette volonté répond aussi à l’épineuse question de contrebande. Dans plusieurs pays producteurs, une part importante de l’or artisanal échappe encore aux circuits officiels. Les États estiment que le raffinage local pourrait contribuer à mieux tracer les flux et à réduire les pertes de revenus liées aux exportations informelles.

La transformation du secteur intervient par ailleurs dans un contexte international en pleine mutation. Depuis plusieurs années, les grands marchés de l’or renforcent leurs exigences en matière de traçabilité. Les raffineries qui souhaitent accéder aux principales places financières mondiales doivent respecter des normes de plus en plus strictes concernant l’origine du métal, la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement des activités illicites.

Les sanctions imposées à l’or russe depuis le début de la guerre en Ukraine ont accentué cette tendance. Les acheteurs internationaux accordent désormais une attention particulière à la provenance de l’or et aux conditions dans lesquelles il est produit et commercialisé. Pour les pays africains, disposer de raffineries certifiées représente donc également un moyen de mieux se positionner sur un marché devenu plus exigeant.

Mais ces nouvelles politiques vont-elles bouleverser le marché mondial du métal jaune ?

À court terme, probablement pas. Même si l’Afrique de l’Ouest joue un rôle important dans la production aurifère mondiale, les principaux producteurs restent la Chine, la Russie, l’Australie, le Canada et les États-Unis. Les décisions prises récemment par plusieurs pays africains ne devraient donc pas provoquer une hausse spectaculaire des prix de l’or.

Les changements pourraient toutefois être significatifs sur un autre plan. Ce sont les circuits d’approvisionnement qui sont appelés à évoluer. Une partie de l’or qui quittait auparavant directement le continent pour être raffinée ailleurs devra désormais passer par des installations locales avant d’être exportée. Les États producteurs espèrent ainsi mieux maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur et accroître leur pouvoir de négociation face aux grands acteurs du secteur.

Le succès de cette stratégie dépendra néanmoins de plusieurs facteurs. Les nouvelles raffineries devront obtenir les certifications internationales nécessaires, garantir des standards élevés de qualité et gagner la confiance des marchés. Les autorités devront également veiller à ce que les nouvelles réglementations soient appliquées de manière progressive afin d’éviter des perturbations excessives pour les producteurs et les exportateurs.

Une chose apparaît cependant de plus en plus clairement : de l’or malien à l’or guinéen, en passant par les productions burkinabè, nigérienne ou ivoirienne, l’Afrique ne veut plus être uniquement un fournisseur de matière première. Les décisions prises ces dernières années traduisent l’émergence d’une nouvelle doctrine économique qu’extraire ne suffit plus, il faut aussi transformer. La question n’est donc plus de savoir si le modèle du tout-export est contesté, mais jusqu’où ira cette reprise en main des richesses minières africaines.

Issa Djiguiba

Previous Post

Sahel : l’AES affine sa stratégie internationale

IAM-BAMAKO
  • MALI
  • SÉNÉGAL
  • INTERNATIONAL
  • AFRIQUE
  • SAHEL
  • Devenir contributeur
  • Á propos de nous
  • Nous contacter

© 2022 - L'Analyse de la semaine

No Result
View All Result
  • MALI
  • SÉNÉGAL
  • SAHEL
  • AFRIQUE
  • INTERNATIONAL
  • NOUS
    • Devenir contributeur
    • Nous contacter
    • Á propos de nous

© 2022 - L'Analyse de la semaine