Fervent opposant à Félix Tshisekedi, l’ancien président de la République démocratique du Congo (RDC), qui a dirigé le pays de 2001 à 2019, Joseph Kabila a officiellement pris la tête d’une nouvelle coalition politico-militaire associée au M23. Son alliance avec des acteurs connus pour leur rôle ou leur implication dans l’insécurité qui frappe le Congo constitue un choix très risqué. Elle pourrait éloigner davantage le peu d’espoirs de stabilité qui subsistent, à quelques années des prochaines échéances présidentielles.
Cette nouvelle aventure place l’ancien président au cœur d’un conflit qui déstabilise l’est de la RDC. Entre ambitions de retour au pouvoir, recomposition des forces rebelles et blocage du processus de paix, ce choix de Joseph Kabila ouvre une période d’incertitude dont les premières victimes seraient sans nul doute les populations congolaises.
Président de la République de 2001 à 2019, l’ancien chef de l’État dirige désormais le Front pour la refondation de la nation (FRN), présenté comme le successeur de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), qui formait avec le Mouvement du 23 mars (M23) une coalition politico-militaire opposée au gouvernement de Kinshasa. L’annonce a été faite le 12 octobre depuis sa résidence de Goma, ville du Nord-Kivu contrôlée par les rebelles depuis janvier 2025. Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa occupent des fonctions dirigeantes au sein de la nouvelle coalition, et Sultani Makenga conserve un rôle militaire de premier plan. Les acteurs affirment vouloir mutualiser leurs forces, leurs ressources et leurs moyens afin de mettre fin à ce qu’ils qualifient de « tyrannie », y compris par la force. Cette déclaration marque une rupture claire avec la posture d’un ancien chef d’État qui, jusqu’ici, n’avait pas assumé aussi directement une responsabilité à la tête d’une telle structure.
Cela intervient alors que Félix Tshisekedi approche de la fin de son second mandat, prévue en 2028, et que les débats sur une éventuelle modification de la Constitution alimentent les tensions politiques. Cette aventure, qui rassemble désormais opposition politique et militaire, constitue un levier supplémentaire face à son successeur, Félix Tshisekedi. Mais elle comporte également de grands risques, compte tenu des pouvoirs dont dispose l’actuel chef de l’État, tant sur le plan politique et institutionnel que militaire. Selon l’analyse du chercheur Yvon Muya, de l’Université d’Ottawa, l’annonce traduit une confrontation directe avec Tshisekedi et pourrait annoncer une intensification des opérations militaires sur le terrain. D’autres analyses soulignent qu’un éventuel affaiblissement du pouvoir en place ne garantirait ni une transition politique ordonnée ni le retour à la stabilité.
Le grand paradoxe est que l’homme qui prend la tête de cette coalition rebelle a déjà dirigé le pays pendant près de dix-huit ans. Joseph Kabila connaît les rouages de l’État, les équilibres politiques et les enjeux sécuritaires de la région des Grands Lacs. Son rapprochement avec le M23 le place au cœur d’une insurrection qui a permis aux rebelles de s’emparer de Goma, puis de Bukavu en 2025.
Le M23 est accusé de graves violations des droits humains, notamment dans des rapports des Nations unies et d’organisations de défense des droits humains.
L’ancien président, de son côté, a été condamné à mort par contumace par la Haute Cour militaire congolaise, le 30 septembre 2025, notamment pour trahison et crimes de guerre, dans une affaire liée à son soutien présumé à l’AFC/M23. Rejetant les accusations, Kabila dénonce une persécution politique. Il n’en demeure pas moins que sa nouvelle position accentue la portée politique et symbolique de cette affaire.
Au-delà du duel entre Kabila et Tshisekedi, la principale inconnue concerne désormais l’avenir de la guerre dans l’est du pays. La création du FRN ne signifie pas nécessairement la disparition opérationnelle du M23. Selon Associated Press, cette réorganisation de la direction politique de l’ancienne coalition risque plutôt de compliquer les négociations menées à Doha sous médiation qatarie, alors que les affrontements persistent malgré les efforts de paix. L’intégration des responsables de l’AFC/M23 dans une structure désormais dirigée par Kabila soulève notamment des interrogations sur la conduite des discussions et l’identification des interlocuteurs.
Les accords conclus en 2025 à Washington entre Kinshasa et Kigali, sous l’égide des États-Unis, n’ont pas non plus permis de mettre durablement fin aux violences dans l’est de la RDC. L’accord de paix entre les deux pays a été signé le 27 juin 2025, avant la conclusion d’un accord économique en décembre de la même année. Malgré ces engagements, les combats et les efforts de médiation se poursuivent.
Cette recomposition fait que le conflit, au-delà d’une simple revendication territoriale, s’inscrit désormais dans une lutte pour le contrôle du pouvoir central.
Issa Djiguiba

