Entre complémentarité constitutionnelle et réalités politiques, le tandem Diomaye-Sonko teste l’équilibre du pouvoir partagé au Sénégal.
Il convient de rappeler que le Sénégal fonctionne selon un régime semi-présidentiel, où les attributions du Président et du Premier ministre sont définies par la Constitution. Comme l’a souligné Ousmane Sonko, il n’exerce pas un mandat de « super Premier ministre », mais assume ses fonctions dans le strict respect du cadre juridique. Cette précision est essentielle : elle indique une volonté de clarification des rôles, non de confrontation. Ainsi, le Président de la République incarne l’unité nationale, définit les grandes orientations politiques et veille au respect des institutions. Le Premier ministre, nommé par le Président, conduit la politique nationale, coordonne l’action gouvernementale et rend compte de son action devant l’Assemblée nationale.
Dans ce schéma, la complémentarité devrait primer sur la compétition, à condition que chacun respecte les prérogatives de l’autre.
Entre perceptions médiatiques et réalités politiques
Les récentes rencontres du Président avec les représentants régionaux du PASTEF, puis avec les députés de la majorité, ont suscité des interprétations variées. Certains y voient une tentative de réaffirmation de l’autorité présidentielle ; d’autres, une mise à distance du Premier ministre. Toutefois, il importe de distinguer : la communication politique est souvent instrumentalisée pour créer des narratifs de conflit. De même, la gestion effective du pouvoir requiert dialogue, concertation et discipline de coalition.
L’affirmation selon laquelle « la coalition Diomaye Président ne pourra gagner nulle part » reflète davantage une posture de rhétorique interne au PASTEF qu’une réalité électorale avérée. En démocratie, les désaccords stratégiques sont normaux ; ils ne signifient pas nécessairement une rupture.
Histoire commune, projet partagé, discipline de parti
Plusieurs éléments atténuent le risque d’une fracture ouverte entre le Président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre, Ousmane Sonko d’autant plus que les deux hommes ont construit ensemble le projet PASTEF, partagé les épreuves judiciaires et milité pour une alternance politique. Cette histoire crée un capital de confiance difficile à ignorer. De plus, la « Refondation » promise aux Sénégalais repose sur des objectifs communs (justice sociale, souveraineté économique, bonne gouvernance) qui nécessitent une action coordonnée. Le PASTEF, en tant que structure politique organisée, a intérêt à préserver l’unité de sa direction pour éviter une dispersion électorale et une perte de crédibilité.
Cependant, pour prévenir toute escalade et consolider l’action gouvernementale, il apparaît opportun de : créer un conseil de coordination Président-Premier ministre, avec ordre du jour formalisé et comptes-rendus publics, pour clarifier les prises de décision. Il s’agit aussi d’adopter une stratégie de communication unifiée, évitant les déclarations contradictoires qui alimentent les spéculations. Il faut tout de même impliquer régulièrement les cadres du PASTEF dans l’évaluation des politiques publiques, afin de maintenir l’adhésion militante et d’ajuster les orientations si nécessaire. Ce n’est pas tout. L’implication du débat public sur les réalisations tangibles (emploi, éducation, santé, infrastructures) permettrait également de transcender les querelles de personnes et de rassembler autour de l’intérêt général.
L’idée d’un affrontement inévitable entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko relève davantage du scénario catastrophe que de la prospective éclairée. Si des tensions existent — comme dans toute équipe dirigeante —, elles ne sont pas irréversibles. La maturité politique des deux hommes, la force du projet qu’ils portent et les attentes légitimes des citoyens constituent des garde-fous contre la rupture.
Le Sénégal a besoin d’une alternance réussie, non d’une crise de succession précoce. En respectant les équilibres constitutionnels, en cultivant le dialogue et en plaçant l’intérêt national au-dessus des ego, le duo présidentiel peut transformer les défis actuels en opportunités de consolidation démocratique. L’histoire jugera non pas sur les rumeurs de conflit, mais sur les preuves de gouvernance.
Bakary Fomba
