Deux ans après avoir quitté le pouvoir dans un contexte de forte tension politique, l’ancien président sénégalais Macky Sall est attendu à Dakar le 17 juillet 2026. Officiellement motivé par sa campagne pour le poste de secrétaire général de l’ONU, ce retour constitue également un test grandeur nature dans un Sénégal en pleine recomposition politique et institutionnelle.
Annoncé pour le 17 juillet 2026, le retour de Macky Sall à Dakar dépasse le cadre d’une simple visite protocolaire. S’inscrivant dans les consultations diplomatiques qu’il mène afin d’obtenir le soutien des États à sa candidature au poste de secrétaire général des Nations unies, Macky Sall rencontrera le président Bassirou Diomaye Faye le vendredi avant de repartir aussitôt, selon les précisions qu’il a lui-même publiées sur les réseaux sociaux.
En vertu des usages diplomatiques, le soutien officiel de son pays constitue un atout important pour tout candidat à la tête de l’ONU, même si la désignation dépend ensuite d’un processus impliquant le Conseil de sécurité et l’Assemblée générale des Nations unies.
Mais au-delà de cet objectif, cette rencontre avec son successeur revêt une portée politique particulière. Il faut noter que l’ancien chef de l’État n’avait plus remis les pieds au Sénégal depuis la passation de pouvoir du 2 avril 2024.
Après douze années à la tête du Sénégal, Macky Sall avait quitté la présidence au terme d’une séquence politique particulièrement mouvementée. Sa décision de reporter l’élection présidentielle de février 2024 avait provoqué une crise institutionnelle avant d’être annulée par le Conseil constitutionnel. Quelques semaines plus tard, Bassirou Diomaye Faye remportait l’élection présidentielle dès le premier tour, porté par la dynamique de rupture incarnée par le Pastef et son leader Ousmane Sonko.
Depuis cette alternance, le nouveau pouvoir a engagé plusieurs réformes institutionnelles et promis une gouvernance fondée sur la transparence et la reddition des comptes. Dans le même temps, plusieurs audits et enquêtes visant sa gouvernance ont été lancés par les autorités. Des « accusations » que Macky Sall a toutes rejetées.
Si le contexte est radicalement différent de celui qui avait marqué son départ, Bassirou Diomaye Faye ne s’est jusqu’à présent pas officiellement engagé en faveur de la candidature de Macky Sall à l’ONU surtout. Une prudence qui traduit la sensibilité politique du dossier et de l’environnement politique actuel. Un soutien explicite pourrait être interprété comme un geste d’apaisement institutionnel, mais il pourrait également susciter des interrogations au sein d’une partie de la majorité présidentielle et des militants qui avaient construit leur projet politique en opposition au précédent régime. À l’inverse, une absence de soutien pourrait être perçue comme la volonté de maintenir une nette rupture politique, au risque d’alimenter les débats sur la place du Sénégal dans les grandes échéances diplomatiques internationales.
Des observateurs de scène politique sénégalaise en voient deux scénarios possibles. Le premier verrait cette rencontre consacrer une normalisation des relations entre les deux hommes, illustrant la maturité démocratique des institutions sénégalaises malgré les profondes divergences politiques. Un deuxième scénario consisterait en un échange strictement institutionnel, sans annonce particulière sur la candidature onusienne, chacun préservant ses équilibres politiques internes.
Du point de vue de certains analystes, cette visite pourrait marquer le début d’une décrispation progressive entre l’ancien pouvoir et les nouvelles autorités, sans pour autant effacer les clivages hérités des années de tensions.
Pour Macky Sall, il s’agit d’obtenir un soutien décisif dans une campagne internationale où chaque appui compte. Pour Bassirou Diomaye Faye, l’enjeu est de trouver un équilibre entre les impératifs de la diplomatie d’État, les attentes de sa majorité et la volonté de préserver l’image d’un Sénégal attaché à la continuité républicaine autant qu’à l’alternance démocratique.
Quelle que soit son issue, ce retour de Macky Sall constitue un moment politique hautement symbolique.
Issa Djiguiba

