Deux explosions survenues à Damas, à proximité de l’hôtel ayant accueilli le président français Emmanuel Macron, ont assombri une visite historique, la première d’un dirigeant occidental en Syrie depuis l’arrivée au pouvoir de la coalition dirigée par Ahmed al-Charaa.
Des détonations ont retenti mardi dans le centre de Damas quelques instants après le départ du cortège présidentiel français vers le palais présidentiel. Selon les autorités syriennes, deux engins explosifs artisanaux (l’un dissimulé dans un véhicule stationné, l’autre dans une benne à ordures) ont fait dix-huit blessés, dont quatre policiers. L’Élysée a indiqué qu’Emmanuel Macron n’avait pas été exposé au danger immédiat et qu’il avait poursuivi normalement sa visite officielle.
Au-delà de l’incident sécuritaire, cette séquence illustre le défi auquel est confronté le nouveau pouvoir syrien. Depuis la chute du régime de Bachar al-Assad et l’arrivée à la tête du pays de la coalition conduite par Ahmed al-Charaa, les nouvelles autorités cherchent à convaincre leurs partenaires étrangers qu’elles sont en mesure de stabiliser un pays ravagé par plus d’une décennie de guerre. La visite d’Emmanuel Macron constituait, à cet égard, un symbole diplomatique majeur, puisqu’aucun chef d’État d’une grande puissance occidentale ne s’était rendu à Damas depuis ce changement de pouvoir.
En maintenant son déplacement malgré les explosions, le président français semble adresser un double message. D’une part, soutenir le processus de reconstruction politique et économique engagé par les nouvelles autorités syriennes. D’autre part, affirmer que les actes de violence ne doivent pas empêcher la reprise du dialogue avec un pays que plusieurs capitales occidentales considèrent désormais comme un partenaire incontournable pour la stabilité régionale.
Il faut savoir qu’au cours de cette visite, Paris et Damas ont annoncé plusieurs accords de coopération dans les domaines économique, financier, culturel et des infrastructures, ainsi que le rétablissement prochain de relations diplomatiques complètes.
Cette initiative demeure toutefois loin de faire l’unanimité. En France comme à l’étranger, certains responsables politiques, observateurs et militants des droits humains reprochent à Emmanuel Macron de « pactiser avec le diable », estimant que le passé d’Ahmed al-Charaa, ancien chef d’un mouvement djihadiste avant sa prise de distance avec cette mouvance et son accession au pouvoir, devrait inciter à davantage de prudence. À l’inverse, les partisans d’un réengagement diplomatique considèrent qu’isoler durablement les nouvelles autorités risquerait de compromettre la stabilisation du pays.
En tout cas, cette visite restera un moment charnière marquant incontestablement un nouveau pas vers le retour de la Syrie sur la scène internationale.
Issa Djiguiba

